
L'étymologie est le fondement de la langue.
À Claude et Hector San Malo
*, afin qu'ils ne restent pas sur le fion, ce passage du
Tableau de Paris ** :
Les dictionnaires ne contiennent pas tous les mots usités parmi le peuple ; ils sont insuffisans pour une foule d'expressions qui valent bien celles que les poëtes & les orateurs ont consacrées, & qui tiennent à des pratiques curieuses & journalieres. Un François enseignoit à des mains royales à faire des boutons ; quand le bouton étoit fait, l'artiste disoit : A présent, Sire, il faut lui donner le fion. A quelques mois de-là, le mot revint dans la tête du roi ; il se mit à compulser tous les dictionnaires François, Richelet, Trévoux, Furetiere, l'académie françoise, & il n'y trouva pas le mot dont il cherchoit l'explication. Il appella un Neuchatelois qui étoit alors à sa cour, & lui dit : dites- moi ce que c'est que le fion dans la langue françoise ? Sire, reprit le Neuchatelois, le fion c'est la bonne grace.
Graves auteurs, graves penseurs, naturalistes, politiques, historiens, vous n'êtes pas dispensés de donner le fion à vos livres ; sans le fion, vous ne serez pas lus. Le fion peut s'imprimer dans une page de métaphysique, comme dans un madrigal à Glycere. Académiciens qui parlez de goût, étudiez le fion, & placez ce mot dans votre Dictionnaire qui ne s'acheve point. * Relire les commentaires sur La soupe a va fèrdir.
** Louis-Sébastien Mercier, Tableau de Paris, tome 3, Amsterdam, 1784, p. 501 (source : gallica.bnf.fr)
Maison 176
2009, acrylique et collage sur fond de caissette à clémentines, 19 x 29 cm