Que manque-t-il à la télévision ?- Un magazine de poésie. C'est un art fédérateur, aujourd'hui absent de la vie médiatique. Et je le regrette.Mais qui répond ainsi à la question d'une journaliste ?
Un indice : ce poème de Paul Déroulède, patriote de chez patriote...
ÉVASION
Les Turcos marchent deux à deux,
Ils sont sans fusils, sans cartouches ;
Ils marchent, et dans leurs grands yeux
La haine a des éclairs farouches ;
Des cris sourds passent sur leurs bouches :
Les Prussiens chantent derrière eux.
Cependant dans la plaine immense,
Près des canons trois fois conquis,
— O jour de deuil ! jour de vaillance ! —
Leurs frères sont morts pour la France
Eux qui ne sont pas morts sont pris.
On les emmène en Allemagne ;
Ils y seront au point du jour ;
Mais la nuit tombe et l’ombre gagne,
On bivouaque dans la campagne
Les Prussiens veillent tour à tour.
Leurs sentinelles vont et viennent,
Sous les manteaux le reste dort ;
Et des craintes qui leur surviennent,
Tout bas les Turcos s’entretiennent
Autour d’un grand feu de bois mort.
— « Où les mène-t-on? Pourquoi faire ?
» Que vont-ils être, ces soldats ?
» La mort, ils ne la craignent guère !
» Mais plus de poudre et plus de guerre...
» Et pourtant on se bat là-bas ! »
Ils se regardent sans rien dire
S’ils sont bien forts, ils sont bien peu;
Et qu’une sentinelle tire,
C’est le réveil et le martyre...
Mais l’audace est fille de Dieu !
Ce qu’il faut, c’est que l’on s’élance,
Que des Prussiens qui veillent là,
Pas un n’appelle à sa défense ;
C’est qu’on les égorge en silence;
Et ce qu’il faut, on le fera.
Ils rampent ; l’espoir les anime ;
Un signe est fait, ils sont debout,
Mais, avant de tenter le crime,
Chacun regarde sa victime,
Voit son but et choisit son coup.
Et puis, dans un élan sauvage,
Les Arabes se sont dressés ;
Ils font leur besogne avec rage,
Personne n’échappe au carnage ;
Et quand tout est mort, c’est assez.
C’est assez ; sur toutes les bouches
Les chants sont revenus joyeux
Les Turcos ne sont plus farouches,
Ils ont des fusils, des cartouches,
Et l’immensité devant eux.