
Détournons l'attention du lecteur.*
Occupé à démêler la règle de grammaire** énoncée ci-dessous, il* sera moins enclin à porter un regard critique sur la maison ci-contre qui fait cependant ma fierté.***
Cette maison que j'ai laissé bâtir trop près de la mienne m'incommode beaucoup.
Ces hommes se sont laissé battre.
On ne pourroit pas dire : J'ai laissé la maison bâtir. Ces hommes ont laissé eux battre.
Dans tous ces exemples le verbe laisser signifie permettre, souffrir, ne pas empêcher.
Remarque. Le participe laissé, suivi d'un verbe actif, peut quelquefois être précédé de son complément direct, comme si l'on disoit en parlant d'une femme : on l'a laissée battre son enfant ; c'est-à-dire on a laissé elle battre son enfant. Alors le participe doit s'accorder avec ce complément.
Les deux règles du participe laissé découlent clairement du principe que nous avons déjà établi pour les participes suivis d'un infinitif.
Quand le nom représenté par le pronom relatif peut devenir le sujet du verbe à l'infinitif, le participe laissé doit s'accorder avec ce nom : les enfants que vous avez laissés jouer.
Mais si le nom dont le relatif tient la place, ne peut être le sujet du verbe à l'infinitif, le participe laissé ne doit point changer : la maison que vous avez laissé bâtir, etc. * Je n'écris plus lectrice/lecteur, elle/il pour alléger le style, mais chacun/chacune est invité-e à lire avec les yeux de son sexe – si je puis me permettre –.
** Charles-Constant le Tellier, Grammaire françoise à l'usage des pensionnats, Paris, 1823
*** Maison 008, 2008, acrylique et crayon sur papier, A4