Bidouilles graphiques, plastiques & poétiques de Yves Barré
Maman de Laure-Élie, compagne de Thierry, amie de beaucoup des passagers de ce blog, Cathy est décédée hier.
Si les poètes savent mettre des mots sur l'indicible, c'est aussi pour apaiser nos peines. Ce poème d'un veilleur à qui la mort a pris aussi une part de lui-même.
J’étais là
Je croyais pouvoir
ne jamais écrire sur ta mort
– question de pudeur
ou de dignité.
Pendant toutes ces années
– opérations chimiothérapies
hospitalisations urgences –
je t’avais accompagnée.
Toujours c’était toi
– mon amour –
qui montrais la voie.
Terrible faiblesse de ma part :
aujourd’hui j’ai écrit.
J’étais debout
au pied de ton lit.
Ta respiration trop rapide
ta bouche entrouverte
tes yeux partis.
Et je comptais les trous
du bracelet en plastique
qu’ils avaient mis à ton poignet
lors de ton admission :
Je n’avais plus que cela
pour m’accrocher encore
à notre vie ensemble:
ton poignet
un bracelet
quelques trous.
Et ce poème maintenant
pour demander trop tard :
sentais-tu que j’étais là ?