Bidouilles graphiques, plastiques & poétiques de Yves Barré
Pierre qui pleure, Ste-Suzanne
Fable cochonne de Nicolas Cirier, typographe.
NIOBÉ
Une grosse Fermière avait
Dans sa ferme une grosse Truie,
Que par-dessus tous elle aimait.
Nota bene, que ce tous signifie
Bœufs et moutons,
Poules, dindons,
Enfin tout animal semblable ;
Celui qui se dit raisonnable
Est excepté formellement.
Or, une amitié mutuelle
Liait l'une et l'autre femelle ;
Elles causaient familièrement,
Se comprenaient parfaitement.
Bientôt il advint que la Truie
Se trouva pleine ; son amie
Était enceinte, et son terme approchait.
De leurs futurs enfants chacune devisait.
De sa fécondité la Truie était fort fière,
Et du très-peu de la Fermière
Se moquait agréablement.
Bien loin de se fâcher, de vouloir faire pièce
À cette Niobé d'une nouvelle espèce,
« Assurément,»
Dit en riant la ménagère,
« Votre postérité m'est chère,
Vous savez tout le cas que je fais de vos dons ;
Mais il faut vous vanter un peu moins ; car, en somme,
Mon unique enfant, c'est un homme ;
Tous les vôtres sont des cochons.»
Nicolas Cirier
Fables nouvelles, Paris, 1858. Source : gallica.bnf