LA
TRUFFE ET LA POMME DE TERREÀ la pomme de terre on voulait marier
La truffe ; mais craignant de se mésallier,
Celle-ci, d'une voix altière,
S'écria : « Moi, m'associer
À cette vile roturière !
Moi, qui règne aux festins du riche et du gourmet,
Avoir pour compagnon cet être sans noblesse,
Unir son goût maussade à mon divin fumet !
Ah ! ce manque d'égards me confond et me blesse.
Allez aux champs, ma mie, allez aux carrefours
Nourrir le peuple, vos amours... »
La parmentière
Alors reprit :
« Il ne te convient pas d'être avec moi si fière,
Car nous sommes deux sœurs qu'un même sol nourrit :
Oui, j'en fais vanité si tu m'en fais un crime,
Celui que la misère opprime
À moi jamais vainement n'eut recours.
Je pourrais, te rendant offense pour offense,
Te reprocher les vilains tours
Qu'à plus d'un estomac, qu'à mainte conscience...
Mais chut ! tu me comprends,
Et plus que toi je serai charitable.
Tu méprises le pauvre et recherches les grands...
Je suis utile à tous : n'est-ce pas préférable ? »
Pierre Lachambeaudie
Fables, couronnées deux fois par l'Académie française
Paris, 1851
par Yves Barré
publié dans :
des poètes
